J’ai un peu de mal avec les analyses de ceux (la droite, les grands média) qui nous parlent d’abstention après s’être eux-mêmes abstenus de parler de l’élection.

Mais depuis dimanche 20h, nous sommes entrés dans un « débat politique » sur l’attitude à adopter vis-à-vis du FN.

Ce débat est légitime, j’y reviendrais après. Mais il masque le seul et unique clivage qui devrait avoir lieu : celui entre la droite et la gauche.

Revenons aux résultats : mon premier choc vient du fait que l’abstention est forte (mais un vote sur la moitié des cantons, concept peu habituel au quotidien, sans débat politique réel préalable, peut-il mobiliser ?).

Le Front National fait un score très important, il encore trop présent dans des seconds tours, et parfois même après être arrivé en tête. Malgré l’abstention, ce parti est en voie de « normalisation » dans le comportement électoral des électeurs.

Ce qui m’inquiète vraiment, c’est le faible nombre de personnes qui votent à gauche, quel que soit le parti politique, et l’impression que nos dirigeants n’ont pas saisi les enjeux de la période.

Je vais donc essayer de brosser quelques leçons de ce scrutin, qui demanderont à être confirmées après le second tour.

Ce qui me frappe, c’est que la gauche ne réussit toujours pas à imposer ses thématiques. Pourtant le contexte y est extrêmement favorable ! Les thématiques des Conseils Généraux (aides sociales, éducation…) sont parmi les premières préoccupations des français. Ils sont les meilleurs remparts à la politique de la droite. Celle-ci est enferrée dans les polémiques, et ne peut plus porter de combats politiques.

Nous avons donc un boulevard pour imposer notre projet ! Il nous faut marteler au quotidien un projet en positif, autour de trois messages pivots:

- La gauche, c’est un meilleur emploi, et pour tous, ainsi qu’une meilleure redistribution des richesses par une hausse importante des salaires, en particulier les plus faibles.

- Face aux désordres économiques, le politique doit imposer des principes d’égalité : les faibles, les petits, les différents sont systématiquement mis de côtés par le système. La gauche les mettra au cœur de son projet !

- Ceux qui sont en opposition avec ces deux premiers principes doivent être combattus quotidiennement, sur les terrains politiques, institutionnels et culturels, et dans les consciences ! Et ceux qui sont convaincus par ces principes doivent s’unir (par le temps d’aller plus loin là-dessus, mais l’union de la gauche est évident une nécessité).
Face à cela, nous devons évidemment décrypter la politique du camp d’en face. Nous devons évidemment dénoncer les doubles discours de l’UMP et du FN. Nous avons d’ailleurs des armes contre ce dernier ; sa doctrine politique est en grande partie mise en place depuis 2007 !

Mais identifier uniquement le discours de la gauche à la « lutte contre le FN et l’abstention » est un piège dangereux, même électoralement. Le FN prospère sur le discours « anti pensée-unique », et nous alimenterions ainsi ce discours électoral. La gauche, le PS (et nous ferions bien de garder ça en tête en 2012…) ne doivent jamais être le camp du « main-stream » !

Ainsi, tout comme l’unique message anti Sarkozy n’a pas empêché celui-ci de l’emporter, le simple discours anti-FN, la peur de la peur, comme en 2007, ne suffiront pas à empêcher de plus en plus d’électeurs de porter leur suffrage sur ce dernier. Et nous nous retrouverons à encore devoir choisir entre les deux au second tour de la présidentielle de 2012.
En résumé, si le PS et la gauche doivent s’identifier à un discours politique, c’est à la mobilisation des classes populaires pour une politique de gauche qui apparaissent comme une alternative forte à la politique de l’UMP. Pour le deuxième tour des cantonales, le discours doit être « mobilisation de tous les électeurs pour une politique sociale et pour punir la droite ». Cela n’empêche pas de dire que, sans complexe, on ne met pas de signe égal entre le FN et les autres partis et qu’on ne s’abstiendra pas au deuxième tour.