L’année 2011 est à peine commencée que les échéances situées l’année prochaine occupent déjà tous les esprits.

L’année 2012 sera bien évidemment structurante pour la vie politique française. Dans une Vème République où l’élection présidentielle détermine grandement les élections législatives qui suivent, et où le pouvoir du Président est si important dans la définition des politiques publiques, il est naturel que cette échéance soit dans toutes les têtes et que tous les partis la préparent activement.

Pourtant, j’ai l’impression de tout va un peu trop vite. Un constat d’abord, que personne ne rappelle assez : si on parle déjà du prochain mandat, c’est d’abord que quelque chose cloche avec le mandat de l’actuel locataire de l’Elysée. On ne trouve pas grand monde pour soutenir sa politique et son attitude; le gouvernement tente de faire oublier Woerth, alors que surgissent les affaires Alliot-Marie. La France est moquée partout.

Je fais bien évidemment parti de ceux qui souffrent de cette lente agonie de la vie politique française, et nous sommes nombreux à espérer à nouveau de pouvoir refaire de la politique sainement, mener des débats pour l’intérêt collectif, faire confiance au reste de la société pour nous aider dans la définition permanente de la politique de la France.

Pourtant, si tout le monde à gauche sait que le « tunnel politique » qui mènera jusqu’en juin 2012 commence bientôt, j’ai bien peur que l’on oublie que nous avons encore quelques mois avant de dévoiler notre offre politique.

Celle-ci comprendra bien évidemment un candidat, qui devra se qualifier parmi les deux premiers au premier tour, et l’emporter au second; et la question occupe aujourd’hui suffisamment les gazettes et les discussions entre camarades pour que nous n’oublions pas qu’un choix nous attend à la rentrée prochaine.

Mais nous n’avons pas besoin d’attendre le nom de l’heureux(se) élu(e) pour que nous posions la question centrale pour la gauche : gagner pourquoi faire ?

Si nous gagnons en 2012, ne nous y trompons pas; les agences de notation critiqueront le programme de la gauche, quelque soit son candidat élu; il sera, dans des proportions peut-être différentes selon le résultat des primaires, forcément différent de celui de Nicolas Sarkozy. Elles nous mettront face à un choix : assumer le mandat populaire qui nous a été donné, ou suivre leurs recommendations en terme de politique publique.

Une idée devient une force lorsqu’elle s’empare des masses – Karl Marx

Si nous voulons transformer la société, il faudra une dynamique forte sur le fond; les arguments des institutions financières ne porteront dans le débat publique que si nous n’avons pas tracé des perspectives suffisamment fortes, en nous appuyant sur notre opposition résolue aux politiques de la droite depuis 2007, et à notre propre capacité à porter une alternative politique.

Il nous faudra aussi une dynamique collective à gauche, et faire en sorte que nos « 100 premiers jours » ne s’enlisent pas dans la recherche d’un rapport de force permanent entre les trois composantes majeures de la majorité politique (socialiste, communiste, écologique) dans la définition des politiques publiques.

Alors pour cela, le chemin est simple, et nous n’avons pas besoin d’un candidat pour le suivre. Nous avons des partis, et des responsables à leur tête.

Il nous faut dès aujourd’hui travailler à un accord de gouvernement, un programme pour les 100 premiers jours, une méthode pour le mandat et un projet pour le pays. Nous avons jusqu’au mois de juin pour cela.

Je suis sûr que le PCF nous suivrait sur cette fois, que les écologistes y participeraient avec plaisir, et que les camarades du Parti de Gauche nous suivraient dans cette voie. Ce débat, avec le pays pour témoin, mettrait la gauche en dynamique dans un projet de transformation sociale radicale. Ils préparaient, sur la base de nos thématiques, le débat des primaires et de l’élection présidentielle; ils donneront une impulsion déterminante pour le candidat de la gauche du second tour ; ils nous permettraient d’imposer une rapport de force immense dès le début du mandat pour ne pas céder aux injonctions des insitutions financières.

Les débats ne seront pas simples ! Et les arrières-pensées toujours là.

Mais aucun argument ne peut s’opposer à cette proposition. Chez les socialistes, malheur à celui qui s’opposerait à une proposition partagée par toute la gauche ! Chez les autres organisations politiques, comment critiquer le processus de désignation du candidat socialiste, et dans le même temps refuser de discuter autour d’une orientation politique ? Surtout, les critiques porteraient dès lors, d’un côté comme de l’autre, sur les propositions concrètes des partis, et pas sur la ligne supposée de leur candidat. Dès lors les convergences seraient plus simples à trouver quand elles existent…

Le Parti Socialiste termine ses conventions (au passage un travail de qualité, assurément utile à toute la gauche pour l’instant) en mai prochain. Son candidat sera connu en octobre. Les autres formations politiques font le même travail; c’est heureux, car la responsabilité de l’alternative politique doit être portée par tous. Il est encore temps de le faire ensemble, car nous gouvernerons ou perdrons ensemble.

Pas de faux débat : l’objectif n’est même pas d’aboutir à une proposition ficelée en juin 2011; d’abord parce que le temps manque; ensuite parce que la logique de la Vème ne le permettrait pas complètement; enfin parce que tant que les candidats ne sont pas désignés, personne n’accepterait un accord total.

Alors, camarades communistes, écologiques, de gauche… Si on discutait du programme, d’une méthode, d’un projet ?

Et mes camarades socialistes : êtes-vous prêts à assumer cette démarche ?