Notre dernière journée dans les territoires palestiniens commence par la visite de la Mouqata’a de Ramallah, où se trouve le mausolée de Yasser Arafat.

La figure de Yasser Arafat est omni-présente en Palestine. L’OLP s’appuie beaucoup sur son image, parallèlement à celle  de Mahmoud Abbas; la moindre légitimité de ce dernier pour diriger le gouvernement palestinien contribue évidemment à l’utilisation de l’image de Yasser Arafat. Mais Abou Ammar (son kounya, ou pseudonyme) restera celui qui a donné un visage au peuple palestinien, lui a donné un reconnaissance internationale, et a montré qu’une perspective de paix existe entre les deux états.

Notre premier rendez-vous est avec Yasser Rabed Abbo, ancien dirigeant de l’OLP et ancien ministre de la communication de l’autorité palestinienne. Il est notamment partie prenante des accords de Genève.

L’entretien s’est révélé être passionnant. D’abord par l’approche globale de notre interlocuteur; son introduction a commencé par une longue analyse des mouvements en Tunisie et en Egypte, et notamment du rôle moteur de la jeunesse dans ces mobilisations. Cette révolution démocratique peut toucher d’autres pays arabes, et montrer qu’il existe une voie démocratique entre les régimes autoritaires et les régimes islamiques. Selon lui, les jeunes, dans leur ensemble, aspirent au changement en Tunisie comme en Egypte. Quand un régime n’est pas démocratique, qu’une minorité accapare les richesses et que 20% des jeunes diplomes égyptiens sont au chômage, il n’est pas étonnant que la jeunesse se lève, dans des pays où les jeunes représentent 2/3 de la population.

Il regrette à ce titre la position d’Israel. Benjamin Netanyahou, premier ministre israélien, pense au contraire que les turbulences sont négatifs; alors qu’au contraire, il devrait être convaincu que les régimes démocratiques seraient de meilleurs garanties de sécurité pour Israel ?

La jeunesse, en Palestine aussi, aspire au changement. Le monde arabe va voir arriver ce changement, et cela lui apporte beaucoup d’espoir.

« the awakening is here ! »

Yasser Abed Rabbo est ensuite revenu sur la situation de blocage actuelle. Pour lui, le problème n’est pas tant celui des frontières (des propositions existent en ce sens, et la question doit bien évident être traitée) que celui des implantations israéliennes en Palestine. Il fait d’ailleurs du gel de la colonisation un préalable à toute discussion, en soulevant les contradictions du gouvernement israélien : si tout le monde s’accorde à dire qu’un accord est possible sur les frontières, et impliquera le démantèlement de colonies, pourquoi construire des implantations vouées à la destruction ?

On voit d’ailleurs que la question du rapport de force géographique est au coeur du conflit; et que plus le temps passe, les moyens économiques mis en place pour les colonies, ainsi que la mainmise militaire sur la Palestine (mur, check-points…) ne jouent pas en faveur des Palestiniens.

Le deuxième point dur pour un accord concerne la question des réfugiés, du statut des palestiniens citoyens d’Israël, etc… On touche ici sûrement au point où les incompréhensions mutuelles sont les plus fortes, et où le manque de confiance accentue la difficulté à trouver un accord. Là où d’un coté on souhaite un état dont une des missions est d’accueillir tous les juifs (j’évite toute référence aux concepts « état-juif », « état pour les juifs »…), de l’autre on cherche à assurer un droit au retour pour les réfugiés présents dans des camps construits dans l’ensemble des pays arabes, et une égalité de traitement pour les citoyens de cet état, quelque soit leur origine ou religion. Le manque de confiance est ici flagrant; et si on ajoute à ça que la définition du peuple juif (peuple, communauté religieuse, nationalité, citoyenneté ?) varie selon les interlocuteurs israéliens, la question devient extrêmement compliquée, mais j’aurai l’occasion d’aborder cette question plus tard.

Yasser Abed Rabbo est enfin revenu sur la question épineuse de la sécurité. Pour lui, il est hors  de question que l’autorité palestinienne revienne sur ses engagements en matière de maintien de la sécurité et de lutte contre le terrorisme. Il concède bien volontiers que les résultats des élections de 2006, et la victoire du Hamas, sont la conséquence d’erreurs de la part de l’OLP, et qu’ils ont tirés les leçons du passé en matière de gestion de l’état, de sa sécurité et du traitement social des palestiniens.

Mais au final, il n’est pas dupe : la sécurité n’est qu’un argument pour Israel pour justifier de repousser systématiquement les discussions.

Il insiste : il ne veut plus de déception. Seuls le Hamas et Lieberman sont gagnants dans cette situation. Il faut un accord sérieux, et cela est possible.

Il insiste (et c’est un point commun avec Begin) sur le rôle de la communauté internationale. Ce sont « les pires marieurs », et il n’en a besoin que pour « l’argent et la photo ». Les négociations peuvent avoir lieu entre les deux parties. Même la question de Gaza se réglera facilement; en cas d’accord, la pression globale pour la paix sera trop forte partout pour qu’un processus avec du sens soit entravé.

Pour conclure, il rappelle que tout est négociable, sauf l’essentiel : il faut 1 véritable état viable pour la Palestine, en Cisjordanie et à Gaza.

Après notre entretien, nous avons pu nous entretenir en petits groupes avec des étudiants et jeunes palestiniens. Il s’est vite avéré que ces jeunes (soit des enfants de dirigeants du Fatah, soit des assistants politiques du Fatah…) avait un message plutôt bien préparé, notamment sur leur quotidien. Mais après plus d’une heure et demie de débat à bâtons rompus avec eux, sur leur vie quotidienne, leur vision d’Israël et les perspectives de paix, nous avons pu mieux cerner leur réalité difficile et le fatalisme face au conflit et à une improbable issue du conflit.

Après ces rencontres, nous sommes parti vers Naplouse sous une pluie torrentielle… je reviendrai sur cette deuxième partie de la journée dans une prochaine note.