Palestine : Naplouse et le camp de Balata
Une fois arrivés à Naplouse, nous nous sommes rendu au Centre Culturel Français, seule institution européenne présente à Naplouse. Le centre permet à des jeunes de prendre des cours de français, organise des événements, rencontres… culturelles en lien avec les autres centres culturels de Cisjordanie. Nous avons rencontré alors Hakim, responsable de l’ONG « Project Hope » qui travaille notamment avec des jeunes du camp de Balata. (Au passage, pensez à visiter le site internet de l’association).
Ce sont justement ces jeunes, qui ont appris le français via cette ONG et le Centre Culturel Français, qui nous font visiter Naplouse.

Cité importante dans la région depuis des années, le blocus subie pendant neuf ans a étouffé la vie économique, sociale et culturelle de cette ville, et permis au Hamas d’en avoir fait à l’époque un de ses bastions. La ville part donc de loin et cherche un nouveau souffle; le Fatah a repris le pouvoir, et de nouveaux investissements ont lieu (un centre commercial, un cinéma…).
L’atmosphère en cette fin de journée est particulière; les rues sont quasiment déserte tandis que dans toute la ville résonne l’appel du muezzin. Les occidentaux ne se pressent pas chaque jour encore pour visiter la ville, donc notre petit groupe ne passe pas inaperçu. Une rencontre dans une échoppe d’épices et de produits divers nous rassure sur la bonne image de la France (et la mauvaise image de son président actuel…).
Le sentiment de gâchis est cependant omniprésent lors de cette trop courte visite. Les bâtiments détruits (principalement d’anciennes entreprises) se succèdent, et sur les murs qui tiennent encore sont exaltées les photos des brigades chargées de défendre la ville, ainsi que la mémoire des martyrs…
La pluie tombe encore, et nous ne voulons pas rater la visite du camp de réfugiés de Balata.
Lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, de nombreux habitants de la région ont du fuir de leur habitation. Mais contrairement au statut de réfugiés donné habituellement par l’ONU, ce statut s’applique aux descendants. Ce qui implique que leur nombre augmente (il ne doit plus rester beaucoup de réfugiés originaux), et que seul un règlement du conflit permettra de régler leur sort.
20 000 réfugiés s’entassent dans ce camp de moins d’un quart de kilomètre-carré, ce qui est fait le plus peuplé de Cisjordanie. L’extreme pauvreté, le chômage de masse, le fait que ceux qui restent sont ceux qui espèrent obtenir le droit au retour (ou une indemnisation) font des camps de réfugiés un problème majeur dans la région, problème toujours passé sous silence dans les média. Le travail des ONG, qui manquent de financement, est à ce titre déterminant, car il constitue la seule bouffée d’oxygène pour ceux qui vivent dans ces camps. Faire partie d’un groupe de 20 occidentaux se promenant dans des ruelles mal éclairées, parfois larges de 40 cm, quelques jours avec une opération de l’armée israélienne dans la région, est à coup sur d’une des situations les plus fortes qu’il nous ait été de vivre.

Les discussions que nous avons pu avoir nous ont en tout cas convaincu d’une chose : il y a urgence humanitaire à avancer dans le règlement du conflit. Là-bas, les dirigeants politiques semblent bien loin, tout comme la communauté internationale, les martyrs sont omniprésents sur les murs, et Israël a pour seule visibilité les soldats qui viennent mener des opérations.
C’est sous le choc de cette situation inhumaine, presque surréaliste, vécue par les habitants de ces camps depuis plus de 60 ans, que nous quittons la Palestine pour nous rendre à Abu Gosh.



